COFFRE-FORT ELECTRONIQUE, AU-DELA DE L’ARCHIVAGE

 

Article mis en ligne le 24 novembre 2011

Les vocables de « coffre-fort électronique » ou de « coffre-fort numérique » sont de plus en plus évoqués dès qu’il est question de dématérialisation. Les travaux en cours à l’AFNOR sur la normalisation du coffre-fort numérique constituent à cet égard une forme de consécration. Pour autant, on aurait tort de réduire leur rôle aux seules fonctions qui leur sont habituellement assignées : la conservation sécurisée et l’archivage électronique à valeur probante. Les coffres forts électroniques sont aussi, et peut-être avant tout, des dispositifs techniques qui rendent possible la communication des originaux numériques.

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Conservation sécurisée, archivage électronique à vocation probatoire, intégrité et pérennité du patrimoine informationnel numérique : les usages traditionnellement associés aux coffres forts électroniques, ces dispositifs techniques qui reposent sur l’usage de la cryptographie, renvoient à un univers lexical que l’on pourrait qualifier de « statique ». Le coffre-fort numérique serait en quelque sorte l’équivalent numérique de la boîte d’archives en carton que l’on consulte en cas de nécessité.

Cette dimension n’est pas inexacte. Dans une société de l’information ou les preuves sont de moins en moins matérialisées sur un support papier, elle a même une réelle importance. Cependant elle revient à cantonner l’usage du coffre-fort électronique à des questions de conformité règlementaire ou de maitrise du risque alors que les véritables enjeux se situent au moins autant sur l’innovation par la création de nouveaux services.

 Une question de vocabulaire

Cette vision exclusivement défensive du coffre-fort électronique tient peut-être en partie à une question de vocabulaire. Le terme de « coffre-fort » transposé dans l’univers du numérique symbolise parfaitement la dimension sécuritaire pour des dispositifs qui devront de plus en plus proposer, au-delà de l’intégrité, une confidentialité de l’information par le chiffrement des contenus. En revanche, le mot induit implicitement l’idée d’un usage peu fréquent, voire exceptionnel.

Le terme de « coffre-fort » ne permet pas d’appréhender le véritable potentiel de communication sécurisée qui doit être associé au numérique. Avec le papier, les archives sont rarement consultées non parce qu’elles sont peu intéressantes en soi mais parce qu’elles sont difficiles d’accès. A partir du moment où l’accès est facilité par le recours au numérique la dimension poussiéreuse associée aux archives dans l’imaginaire collectif disparaît.

L’exemple des informations généalogiques très consultées depuis qu’elles sont disponibles en ligne, même si elles sont anciennes, surtout si elles sont anciennes, illustre cette mutation en cours. C’est bien la facilité de l’accès aux informations archivées qui donne naissance aux nouveaux généalogistes et aux nouveaux services qui leur sont destinés. Ce modèle est transposable dans d’autres domaines d’activité pour lesquels les services innovants restent à inventer.

 Diffusion des originaux électroniques certifiés

L’importance des coffres forts électroniques étant désormais une chose acquise en matière de conservation de l’information, il devient désormais indispensable de les considérer aussi, voire avant tout, comme des dispositifs techniques qui rendent possible la communication des originaux numériques. Le coffre-fort numérique est la brique qui permet de produire, de diffuser des originaux électroniques certifiés. Ils sont certes également conservés dans la durée mais avec l’objectif d’être de nouveau diffusés, de façon contrôlée par l’utilisateur.

A titre d’illustration, les initiatives émergentes en matière de VRM  (Vendor Relationship Management) donnent une image de ce que pourrait-être l’avenir des coffres forts numériques avec une dimension toujours plus communicante et sans remise en cause des fondements sécuritaires. L’idée de base du VRM, en complément ou par opposition au CRM (Customer Relationship Management), est que les entreprises communiquent aux individus les informations dont elles disposent sur lui.

Le concept n’a rien d’utopique dans la mesure où le Royaume-Uni avance rapidement sur le sujet dans le cadre d’un projet gouvernemental qui associe notamment tous les grands acteurs du secteur de l’énergie (initiative midata). En France, le FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) souhaite lancer une expérimentation de même nature avec son initiative intitulée « MesInfos ».

Or, la mise en place d’un outil de VRM au service du particulier se doit de reposer, selon les termes utilisés en anglais sur un Personal Data Store ou Personal Data Vault destiné à héberger les données personnelles restituées par les entreprises à leurs clients. Ces coffres forts nouvelle génération permettront la réception de données en masse, des traitements à valeur ajoutée sur les informations ou encore la consultation et la communication.

Une évolution qui tend à démontrer que l’on aura de plus en plus besoin de coffres forts électroniques à condition qu’ils soient communicants.

Arnaud Belleil

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